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Quand un Prophète apprenait au monde à vivre ensemble

À une époque où les frontières entre tribus, religions et peuples étaient des murs infranchissables, le Prophète Muhammad ﷺ bâtissait à Médine quelque chose d'inédit : une communauté où la dignité de chacun était protégée, où l'ennemi d'hier pouvait devenir le voisin de demain, et où la clémence n'était pas faiblesse mais grandeur. Les récits que nous a transmis al-Māwardī dans son *A'lām al-Nubuwwa* nous ouvrent une fenêtre lumineuse sur cette vision prophétique de la coexistence.

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## Un deuil pour un roi lointain

Les nouvelles voyageaient lentement en ce temps-là. Pourtant, lorsque parvint à Médine l'annonce de la mort du Négus — ce souverain chrétien d'Éthiopie qui avait offert refuge aux premiers musulmans persécutés à La Mecque — le Prophète ﷺ ne laissa pas l'occasion passer dans le silence. Il rassembla ses compagnons au lieu de prière et accomplit la prière funèbre en son honneur, comme il l'aurait fait pour l'un des leurs.

Ce geste déconcerta certains. Des hypocrites murmurèrent, moqueurs : prier pour un roi étranger, non-arabe, non-musulman ? Le Prophète ﷺ ne se laissa pas troubler. Il venait d'enseigner, par l'acte lui-même, que la reconnaissance envers celui qui fait le bien transcende toutes les frontières. Le Négus avait protégé des croyants en détresse ; cela suffisait. La gratitude n'a pas de confession.

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## Une tendresse particulière pour les Coptes d'Égypte

Parmi les consignes que le Prophète ﷺ laissa à ses compagnons, l'une surprend par sa spécificité : il leur recommanda de bien traiter les Coptes d'Égypte. La raison qu'il donna fut à la fois personnelle et universelle : « Ils ont un lien de parenté et un pacte de protection. »

Cette phrase porte en elle toute une philosophie. Le lien évoqué — rappel de Hājar, mère d'Ismā'īl, originaire d'Égypte — transformait des étrangers en proches. Et le pacte de protection n'était pas une clause diplomatique froide : c'était un engagement moral, une parole donnée qui engageait l'honneur. Le Prophète ﷺ enseignait ainsi que les relations entre peuples se construisent sur la mémoire partagée et la parole tenue, non sur la seule appartenance.

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## Face aux hypocrites : ni vengeance, ni aveuglement

L'expédition de Tabouk fut l'une des plus éprouvantes. Dans ce contexte de tension extrême, certains hypocrites qui accompagnaient l'armée se mirent à murmurer contre le Prophète ﷺ, semant le doute et l'amertume parmi les troupes. L'un des compagnons les plus proches, Sa'd, vint proposer ce que beaucoup auraient sans doute approuvé : les faire exécuter pour mettre fin à leurs manœuvres.

La réponse du Prophète ﷺ fut nette et sans appel : non. Puis il ajouta ces mots qui résonnent encore : « Nous serons de bons compagnons pour eux tant qu'ils resteront avec nous. »

Il ne fermait pas les yeux sur leur comportement. Mais il refusait que la méfiance devienne le principe organisateur de la vie commune. Tant qu'ils n'avaient pas agi ouvertement contre la communauté, la règle restait celle de la compagnie décente. C'était un pari audacieux sur l'humanité de l'autre — et une leçon de gouvernance que bien des dirigeants n'ont pas encore apprise.

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## L'humilité face au railleur

Un jour, lors de ce même voyage, un homme nommé Zayd ibn al-Lusayt — dont la mauvaise foi était connue — se moqua ouvertement du Prophète ﷺ à l'occasion d'une chamelle égarée. Il railla sa prétention à recevoir des révélations du ciel : comment pouvait-il prétendre connaître les secrets divins s'il ignorait où se trouvait sa propre monture ?

La réponse du Prophète ﷺ fut d'une sobriété désarmante : « Je ne sais que ce que mon Seigneur m'a enseigné. »

Ni colère, ni humiliation en retour. Une simple vérité. Cette réponse dit tout : la prophétie n'est pas une toute-puissance magique, et la sagesse n'oblige pas à tout savoir. Elle enseigne aussi que face à la provocation, la dignité se maintient sans éclat.

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## La plus grande leçon : l'amnistie de La Mecque

Mais c'est peut-être à La Mecque que cette philosophie prophétique de la coexistence atteint son sommet. Lorsque les musulmans entrèrent victorieusement dans la ville qui les avait chassés, torturés, réduits à l'exil pendant des années, le monde entier attendait de voir quelle serait la sentence. Les anciens bourreaux étaient là, devant lui.

Le Prophète ﷺ les regarda et prononça ces mots qui allaient traverser les siècles : « Aucun reproche contre vous aujourd'hui. »

Ce n'était pas de la naïveté. Ce n'était pas de l'oubli. C'était un choix délibéré, mûri, ancré dans une vision : la violence engendre la violence, mais la clémence peut briser le cycle. Il préférait une ville réconciliée à une ville soumise par la peur. Il choisissait l'avenir plutôt que les comptes du passé.

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## Un modèle qui parle encore

Ces récits, transmis par al-Māwardī à travers *A'lām al-Nubuwwa*, ne sont pas de simples anecdotes pieuses. Ils dessinent le portrait d'un homme qui vivait ce qu'il enseignait : la reconnaissance envers celui qui fait le bien, la protection des pactes, la compagnie juste même avec l'adversaire, l'humilité face à la raillerie, la clémence face au vaincu.

Dans un monde qui continue de chercher les fondements d'un vivre-ensemble durable, cette figure prophétique parle avec une actualité troublante. Muhammad ﷺ n'a pas théorisé la tolérance — il l'a incarnée, geste après geste, parole après parole, dans les circonstances les plus difficiles. C'est peut-être là sa plus belle invitation : nous montrer que la grandeur d'une âme se mesure non à sa puissance, mais à ce qu'elle fait de cette puissance quand elle la tient entre ses mains.